L’Orgie de la bienfaisance
Création saison 2016/2017

D’après la nouvelle Ma femme d’Anton Tchekhov I adaptation Valerie Durin et Stella Serfaty I mise en scène Stella Serfaty I avec Brice Coupey comédien-marionnettiste, Albert Delpy, Stéphane Valensi & (distribution en cours) I lumière et scénographie Lucie Joliot I plasticienne marionnettiste Ombline De Benque I création sonore Antoine Richard


 


 

La nouvelle
On est en 1892 année de famine meurtrière en Russie.

Ivan : Ceux qui ont faim en veulent à ceux qui ont mangé… Et ceux qui ont mangé s'engueulent avec ceux qui ont faim… La faim rend l’homme fou, bête, sauvage. La faim, c'est pas une pomme de terre. Non. Pas de la rigolade, la faim. Ça vous rend grossier, voleur, et pire encore…
(extrait de L’Orgie de la bienfaisance)

Pavel, riche propriétaire, reçoit une lettre anonyme lui annonçant que les habitants du village voisin sont malades, meurent de faim et qu’il doit leur venir en aide. Il se sent impuissant et désemparé. Il tente plusieurs actions qui restent vaines.

Pavel et sa femme Natalia s'évitent depuis deux ans. Lui vit au premier étage de sa grande propriété et elle, au rez-de-chaussée.

Sa femme est une écervelée, il l'a toujours considérée comme telle. Il découvre fortuitement que depuis plusieurs mois elle dirige l'organisation de l’aide aux villageois affamés avec l’adhésion de tous les notables de la région. Il tente d’entraver les actions de Natalia pour les reprendre à son compte. Elle est anéantie.

Leurs motivations sont très différentes, pour elle la compassion et les convictions, pour lui l’orgueil et le devoir moral.

Deux personnages gravitent autour du couple, alliés de Natalia. Fouine, un médecin qu’on pourrait soupçonner d’être à l’origine de la lettre anonyme et même à l’initiative de toute l’organisation de l’aide aux pauvres et Ivan, son ami. En leur compagnie, Pavel va se métamorphoser jusqu'à prendre la décision de céder toute sa fortune à Natalia. Qu'elle distribue aux affamés.

Il sera bientôt ruiné, mais apaisé.

Pourquoi cette nouvelle ?
J’ai eu un vrai coup de cœur.

Des questionnements.
Quelle humanité, quelle solidarité, quelle compassion aujourd'hui ? Quel sens a le don ? La fraternité entre classes sociales existe-t-elle ?
Je ne peux m’empêcher de percevoir de nombreuses résonnances avec le monde d’aujourd’hui. Une population à deux vitesses, chacune vivant dans son monde.

Fouine : Tant que nos actions humanitaires auront le caractère de la bienfaisance habituelle, telle qu’on la pratique dans les asiles d’enfants ou les hospices de vieillards, nous ne ferons que ruser, biaiser, nous mentir et rien de plus… Nos actions doivent être pratiques, basées sur la réflexion, le calcul et la justice.

Qu’est-ce que la pauvreté matérielle, qu’est-ce que la pauvreté du cœur ? Pavel cède sa richesse à sa femme… Il accomplit un geste d’amour. Il bascule de certitudes en incertitudes et enrichit son humanité.

Tchekhov aborde les questions de liberté, d’autonomie, d’égalité homme/femme. On perçoit dans cette nouvelle son dégout des tyrannies. Des hommes envers les femmes, des puissants envers les faibles... Il décrit les hommes sans complaisance, mais sans jamais les juger…

Une nouvelle perturbante. Cette nouvelle est écrite comme un thriller. On croit saisir un personnage et il se dérobe, jusqu’à ce que sa vraie nature se révèle… Tchékhov ne cesse de nous surprendre.

Une part obscure réside dans cette nouvelle.
J’ai encore beaucoup de choses à découvrir. Une matière immense… Aux perspectives passionnantes. Vivement le plateau, les répétitions ! Vivement !

Fouine : Ce chaos, c’est une sorte d’incendie au théâtre. Dans un théâtre qui brûle, celui qui s’affole et crie de peur et bouscule, celui-là est le premier ennemi de l’ordre.

Et bien sur une écriture éblouissante. Tchékhov dépeint les méandres de l’âme humaine dans une langue épurée et extrêmement moderne.

Une recherche picturale
Dans cette nouvelle le médecin Tchekhov cohabite avec l’auteur Tchekhov.

La médecine est ma femme légitime, la littérature ma maîtresse. Quand l'une m'ennuie, je passe ma nuit avec l'autre. Tchekhov

Fouine, homme de l’ombre représente Tchekhov médecin. Il est le temps, le pragmatisme, l’action.
Fouine, interprété par un marionnettiste écrit une histoire parallèle faite d’actions et d’images, là où Pavel parle sans agir.
Serviteur du spectacle, il accompagne la scénographie et le récit. Il construit et déconstruit l’espace au gré des situations pour arriver à un espace vide ou à un chaudron prêt à nourrir momentanément les affamés.

Le jeu / les personnages
Déconstruire“ les personnages“ pour accéder à l’être.

Le monde de Tchekhov est par essence instable, ses personnages reflètent cette mouvance du regard, de la conscience. Ils ont du mal à se “toucher", à se rencontrer, même au plus intime. Pour refléter cette complexité, je vais demander aux acteurs de ne pas se regarder, ou le moins possible. Ils seront face public et le prendront à parti. Seul le personnage de Fouine circulera de l’un à l’autre.

Pavel, 46 ans, vit dans son monde, isolé dans sa grande propriété. Il n’a plus de famille et pas d’amis. Il est entouré de serviteurs. Il affiche un grand désintérêt pour son épouse. Il traversera des crises successives pour découvrir que son monde est une illusion. Il se croit généreux et se révèle odieux, il se croit attaché à son mode de vie et se découvre détaché, il se croit utile et se découvre incapable. Son monde bascule.

Natalia, 27 ans, est comme prisonnière de son mari Pavel. Il subvient à ses besoins et à ceux de sa famille. Il va jusqu’à lui confisquer son passeport.
Natalia est une femme vive et brillante. C’est une femme de décision. Malgré son jeune âge, elle a l’assentiment de tout le district.
Natalia a aimé Pavel. Mais comment aimer cet homme égoïste, dur, cassant que tous fuient ? Elle ne le supporte plus et trouve son salut et sa joie de vivre en aidant les pauvres.

Ivan, plus de 50 ans, ami de Fouine. Riche Propriétaire. Homme indolent.

Fouine est médecin. Il est représenté par un comédien-plasticien-marionnettiste.
En lui on peut reconnaître Tchekhov. Tchekhov était extrêmement sensible à la misère. Il a ouvert des dispensaires et soigné gratuitement les pauvres. Durant la famine dévastatrice de 1892-93, il a prit part aux secours sanitaires.
Fouine travaille comme un damné pour guérir les pauvres. Il est le seul personnage désargenté.

Fouine : L'indifférence est une paralysie de l'âme.

Les autres personnages (serviteurs et pauvres) seront figurés par des marionnettes. Le comédien-plasticien-marionnettiste les construira et les interprétera sur scène avec des denrées alimentaires.

Les ateliers : la Cie propose des ateliers de pratiques artistiques et d’arts plastiques sur les questions de la faim et de la pauvreté’ et du don, thématiques fortes du spectacle. Au cours de ces ateliers les collégiens et les lycéens utiliseront des denrées alimentaires.