Quand le racisme ordinaire s’immisce dans le quotidien, mine de rien : comment lutter pour un meilleur vivre ensemble ?

Ce projet a émergé avec force face à une actualité démontrant que le fléau du racisme est toujours vigoureux et qu’il touche chacun et chacune, du quartier au gouvernement. Ce projet privilégie volontairement « le racisme ordinaire ». Si le racisme est une question de préjugés, d’idées reçues, il trouve presque toujours son origine dans la peur de l’inconnu, de la différence.

Aujourd'hui, diverses formes de racisme et de discrimination se répandent insidieusement dans la vie quotidienne. Des attitudes hostiles envers les migrants, des humoristes aux propos antisémites, une islamophobie ambiante, une parole discriminante libérée dans certains discours politiques... « Être raciste, c'est croire qu'il existe des races et que certaines sont supérieures à d’autres » - l’Observatoire des inégalités.
Même si ce dernier nous informe que « la majorité de la population n'est pas raciste », il n’en demeure pas moins vrai que les personnes racistes rejettent des personnes qui sont différentes parce qu'elles ne parlent pas la même langue, n'ont pas la même couleur de peau, ne pratiquent pas la même religion ou non pas les mêmes coutumes. En temps de crise, certains rendent même les étrangers responsables des problèmes de la société : chômage, manque de logements, etc. La loi punit les actes de racisme à des peines d'emprisonnement et à des amendes. Mais parce que cela ne suffit pas, Stella Serfaty, artiste engagée qui pratique un théâtre citoyen et politique, souhaite mettre en place des ateliers de pratique artistique, pour faire éclore Des mots contre les maux d’un fléau toujours vivace ! Des mots dits entre soi (récits de vie multiples) pour ne pas taire une réalité et libérer la parole, Des mots à voix haute (lectures publiques) pour clamer le droit à différence, Des rencontres-débats pour faire valoir la diversité et la mixité des paroles.


Exposition réalisée par : Bruno Bayol et Stella Serfaty / Photos : Bruno Bayol / Interviews : Marie Descure / Une production Cie des Turbulences

Témoignages extraits de l’exposition « Quand le racisme s’immisce dans le quotidien, mine de rien ».

Moi je suis français d’origine tchadienne, mais mes enfants, à la maison, vous leur demandez : "Vous êtes d’où ?" Ma fille elle vous dira qu’elle est française. La dernière fois, elle est venue me dire : "La maîtresse nous a dit, demain, chacun vient avec un mot de sa langue où on peut avoir le son -u." Je lui ai dit : "Mais tu n’as pas trouvé ? – Mais moi je sais pas," elle me dit. "Mais ta langue c’est quoi?" Elle a prononcé la langue maternelle de sa mère, donc je me suis mis à lui expliquer : "Moi je suis tchadien, je suis français, je suis franco-tchadien, ta maman aussi, mais toi tu n’es que française. Tu as le Tchad qui est le pays d’origine de tes parents. Quand tu vas être grande, tu vas peut être décider d’être tchadienne aussi, avec une double nationalité. Tu es née ici, tu es française, tu es née française. Donc chez toi, ici en France, on parle quoi ? - Français." Ben je lui dis : "Tu cherches un mot dans lequel tu as le son –u." Elle me dit : "En français ? - Oui, en français, tu es française ou pas ? - Oui je suis française !" Là je lui ai dit : "Demain, tu lèves la main, tu prends ce mot et si elle te dit : mais ça tu l’as dit en français, qu’est-ce que tu dois lui répondre ? - Je lui dis : mais madame je suis française donc je suis obligée de vous donner un mot en français." Oumar, 57 ans, Aulnay-sous-bois


C’était à l’âge de mettons 40 ans, nous avions fait avec mon mari, qui était encore de ce monde, un voyage en Afrique du Sud. Et nous avons eu l’occasion, bien sûr, en un premier temps, d’aller sur une plage, où, horrifiée pour ma fille, et pour moi-même aussi d’ailleurs : il y avait des toilettes pour les blancs mais où les noirs n’avaient pas le droit d’aller. Paulette, 97 ans, Montreuil


Il y a des professeurs je crois ils sont racistes un peu, comme notre principale. Elle est raciste. Et par exemple, quand elle voit des vrais français de couleur de peau comme vous, bah elle parle bien tout ça, et quand c’est nous, les métisses et les arabes, elle parle d’un ton fort.
Je pense que ce n’est pas bien parce que on vit en fraternité.
On est tous amis.
Mais il y a des gens qui supportent pas des personnes qui viennent de… d’autres pays alors que les trois religions en France ont été réunies alors…
Ca ne sert à rien.
Je ne sais pas pourquoi le racisme il existe.
Et en plus à cause de qui.
C’est ça le problème.
Il faut qu’ils arrêtent parce qu’après, à cause de eux, ça va gâcher la vie des gens eux-mêmes qui ont été harcelés.
Alors…
Si ça ne s’arrête pas, des gens vont jamais vivre leur vie.
Tout ce que je sais, c’est que le président il en a rien à faire du racisme.
Quand on parle de ça, il n’a rien à dire.
Il est là juste pour l’argent.
Comme les députés.
Et comme Marine Le Pen.

Maïmouna, 11 ans, Bondy